/// Erik ... à suivre ... \\\

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Souvenir des Canaries – Transvulcania !

Jeudi 10…direction l’aéroport de Nantes. Il est tôt…un peu trop tôt pour moi, mais mon avion décolle à 7h20 !

 

Weekend particulier pour course très particulière. J’ai répondu présent pour participer à la première manche de coupe du Monde de Skyrunning, et elle a lieu aux Canaries !

Un plateau annoncé exceptionnel, il le sera effectivement ! Tous les meilleurs mondiaux de la spécialité. Les meilleurs américains, les meilleurs espagnols, les Français, anglais, italiens, allemands…du jamais vu !

 

Le vol Nantes Madrid est agréablement passé en compagnie d’Olivier, trailer qui pour l’occasion par en excursion VTT dans l’Atlas !

8h55 : Aéroport de Madrid, j’y retrouve Fred et Poupoune. Nous ferons avion commun de Madrid à Tenerife. 2h30 de vol.

Arrivée à Tenerife, je reprends mes bagages pour me réenregistrer. Maud et Fred, sont enregistrés jusqu’à l’arrivée, et doivent prendre l’avion pour La Palma 1h avant le mien. Pas possible pour moi de prendre le même vol qu’eux, malgré mes explications en Anglais et Espagnol !
Tout est surbooké !

 

Mes bagages enregistrés à nouveau, je rejoins la salle d’embarquement. J’y retrouve à nouveau Fred et Maud qui ne vont pas tarder à embarquer. D’ailleurs, après 5’, les voilà appelés à l’embarquement ! Fred embarque…
Maud se rend compte qu’elle n’a pas de billet pour Tenerife- La Palma ! Lors de l’enregistrement en France, contrairement aux autres passagers, ils ne l’ont enregistré que jusqu’à Ténerife !!! Panique, les derniers passagers prennent le bus pour rejoindre l’avion, c’est trop tard pour elle, il lui faut se réenregistrer, donc avant tout récupérer son bagage… et surtout, trouver un avion qui ne soit pas surbooké, ce qui s’annonce difficile !

Je l’accompagne pour l’aider dans ses démarches, elle est en panique, j’ai les idées plus claires qu’elle.

Nous arrivons déjà à retrouver son bagage, puis à la réenregistrer sur liste d’attente, il ne restera plus qu’à espérer pour elle qu’une place se libère ! Mon avion est dans 1h30.

Les deux avions qui décollent avant le mien sont pleins, le mien également, je la laisse et embarque.

Après cette longue journée de trajet en avion et dans les aéroports, l’avion atterrit enfin à La Palma.

 

J’y arrive avec deux journalistes. L’un Australien, l’autre anglais. Une navette nous attend pour rejoindre l’hôtel, il y a 45’ de route sinueuse. Une longue montée, une longue descente. 40’ plus tard, nous surplombons l’hôtel, largement visible avec ses grandes piscines turquoise. Un séjour qui promet d’être agréable !!!

Longue descente pour arriver à l’hôtel. Le ventre commence à être barbouillé… le réseau routier est loin d’être optimal !

Nous arrivons à l’hôtel : grandiose effectivement ! Notre chauffeur nous dépose au porche d’accueil.

Enregistrement au guichet d’accueil de l’hôtel, bagages en mains. Tout est prêt, on me donne ma clef et mon numéro de chambre, dans ce qui semble à première vue un labyrinthe.

Ce soir, je suis seul dans la chambre, mon colocataire, Csomor Nemeth, Bulgare, doit arriver demain.

Je pars à la recherche de ma chambre, plan à la main, première épreuve : orientation.

Ca commence bien, je croise Kilian (Jornet), première rencontre… puis François (D’Haene) et Thomas (Lorblanchet), et trouve enfin ma chambre où je me pose.

Un sms. C’est Maud, elle a enfin trouvé une place dans un avion ! Je pars à la recherche de Fred pour le prévenir afin qu’elle ne se retrouve pas plantée à l’aéroport sans moyen de rejoindre l’hôtel.

Direction Salle de Presse !

Le complexe hôtelier est imposant ! Je croise encore quelques athlètes, mais comme à part les français, je ne connais personne, c’est compliqué de mettre des noms sur les visages ! Je croise quand même Seb (Chaigneau), Andy (Symonds)… tant d’athlètes en si peu de temps…impressionnant !

Je retrouve en salle de presse une majorité de « Salomon », un petit tour vite fait, et je passe le message à Fred.

La journée est bien entamée, place maintenant au dîner !

Dans la salle de restauration, tout le monde est là. Petit repas avant d’aller vite se coucher après une longue journée de transport bien fatigante !

 

Vendredi 11 mai.

C’est veille de course.
Tout le monde c’est donné rdv pour le footing de l’année. Ils y sont tous ! Les américains, français, espagnoles…moi, je reste au lit ! 9h…trop tôt. Je me réveille à 9h30 !

Petit déjeuné…les coureurs arrivent lorsque je suis attablé. Je mange avec Andy…compagnie de luxe !

Je repars ensuite pour un petit footing, du coup en solitaire, sous la chaleur des Canaries le long de la mer. Champs de bananiers de part et d’autre, pas d’accès à la mer, puisque ce ne sont que des falaises de laves, jusqu’à ce que je trouve un petit passage que j’emprunte. Je me retrouve dans un traquenard, pour descendre sur une plage par un pseudo sentier. Je longe la plage de sable noir et de caillou jusqu’à l’autre bout. Mais de ce coté là, pas de sortie. Je décide de monter par la pente jusqu’au champ de bananier juste au dessus.
Délicate ascension. Ca en devient vers la fin de l’inconscience, la roche volcanique que j’escalade s’effrite, je ne suis pas fier !

Je réussie enfin à arriver en haut et ressors par une entrée de bananeraie…je retourne aussitôt à l’hôtel via un tour par le chemin de ronde de celui-ci. J’y croise deux coureurs, une Anna Frost en pleine séance photo, et je retourne rapidement au frais dans ma chambre avant d’aller manger.

Le déjeuné se fera en compagnie de Poupoune, Fred et Seb Chaigneau.

J’enchaine sur une petite séance piscine, sous l’abri des pergolas, avec quelques interruptions bains dans piscine !

L’après midi se passe tranquillement, puis c’est l’heure du briefing. On nous y présente le parcours, les points de ravitaillement, les caractéristiques du terrain, les règles du jeu, le tout en anglais et en français. Quelques questions et tout est bon, nous pouvons récupérer nos dossards.

J’y commence ma collection de photo avec les coureurs ! Puis Jean Michel, du Team Salomon, nous propose de nous prendre des ravitaillements pour emmener aux deux gros points des 26 et 57ème kilomètre.
Un très beau geste sportif et je m’empresse de lui donner deux poches plastiques avec quelques ravitaillements. Une canette de coca dans chaque achetée en vitesse à la superette de l’hôtel, des bidons pleins, des gels…merci Jean-Mi !

Demain, le réveil est …très tôt ! Avec Ksomor, on se met d’accord, se sera 4h30.
Le bus part vers le départ à 5h pour un départ de course à 6h…30’ pour s’habiller et manger 2/3 trucs, ça va le faire !

21h30, vite au lit !

Nuit sereine, malgré de grosses sueurs, le lit et trempé au réveil !

 

Samedi 12 mai 2012 :
le D-Day :83km/4400mD+ au programme de la journée ! Une bagatelle !!

Je m’habille directement Fuji Attack aux pieds, j’enfile mon cuissard et un maillot sans manche, ma première sortie en vert... une visière et mes manchons de compression. Je glisse  au dessus de ma visière mes lunettes de soleil magique qui se teinte toute seule avec le soleil…nickel pour un départ de nuit, je peux partir avec !

Un peu de crème aux endroits délicats qui risquent de souffrir de frottement, et je mets par dessus tout ça un survêtement histoire de patienter au chaud jusqu’au départ !

Je glisse ma frontale Petzl dans mon sac ainsi que mon porte bidon et garde mes écouteurs et mon téléphone sur moi. Quelques petits messages d’encouragement arrivent pour les français lève tôt. Les irréductibles !

Je vais dans la salle de restauration, mes le temps défile, et le rdv pour le bus se rapproche…le petit déjeuné va être allégé !!!

Effectivement, je n’ai que 5’…alors je fais light…un thé…une banane…et je repars ! Pas le temps de prendre plus…et je pars pour 80 km !!! Pas de panique, on verra bien !

Je file dans le hall de l’accueil. Un bus attend, je vais me prendre une place à l’intérieur, nous attendons encore quelques minutes qu’il se remplisse et il démarre enfin…je suis impatient. Mais je patiente musique aux oreilles. Et je commence à rentrer dans ma bulle sans pour autant me mettre plus de pression que ça. La course va être belle. Un beau plateau, un beau décor…un temps qui s’annonce plutôt chaleureux et bon pour le moral après les semaines de pluie nantaise !

Quelques virages plus loin, nous arrivons 30’ plus tard sur les lieux du départ.

Le site commence à s’animer, de la musique à fond, un speaker qui donne de la voie, des lumières pour tout éclairer, mais un vent fort qui nous rafraîchi bien. La température et quand même estivale…il est à peine 6h !!

Le départ se rapproche, plus que 30’. J’enlève mes vêtements mes écouteurs, donne mon sac à Sissi et retrouve Manu rapidement avant de partir pointer ma puce. Chose faite, je repars m’échauffer dans le l’obscurité.

Retour sur la ligne à quelques minutes du départ. Tout le monde est là. Cucu grand sourire, Manu, Seb, Thomas, François, pour ceux que je connais, Kilian qui réponds à toutes les interviews vidéo et les sollicitations.

Les minutes s’égrènent, le départ est imminent.

Les coureurs s’agitent sous la banderole. Mains sur les montres.

 

6 heures. Coup de feu en contrebas du phare de Fuencaliente. C’est parti sous le ciel étoilé. Bousculade sur la route qui monte jusqu’au phare, ce phare qui trône tout au Sud de l’Ile. Je regarde ma montre pour m’apercevoir que je n’ai pas réussi à démarrer le chrono. Et pour cause, je n’étais pas sur la bonne fonction ! Le temps de réparer l’erreur et d’enfin démarrer mon chrono, je me retrouve enfermé en 4ème ligne ! Aie aie aie !

20 mètres plus haut, nous voilà au pied de phare autour duquel nous devons tourner. Je réussi à revenir vers la vingtième place en faisant les bordures.

Nous laissons maintenant le phare derrière nous. Quelques mètres un peu plus large me laisse l’occasion de me rapprocher à nouveau de la tête de course. Je reviens bien placer vers la 5ème place avant d’entamer le sentier qui va rapidement s’élever.

Nous sommes au niveau de la mer, il va falloir monter jusqu’au sommet de l’Ile. 2400m plus haut ! Et ensuite redescendre jusqu’à la mer directement pour une arrivée jugée dans la ville principale, à 300m d’altitude.
Beau parcours en perspective !

Le départ est rapide.
Kilian prend la tête de course d'entrée dans les premières pentes, relayée sur les premiers lacets par Dakota qui ne lâchera plus la tête jusqu'à l'arrivée.

Je m’accroche au groupe de tête sur les premières rampes, puis laisse malgré moi partir un groupe de 4 composé de Dakota, Kilian, Floran Troillet et Mike Wolfe. Iker Karrerra est juste devant, et je le suis. Derrière, un trou se créé.

Un petit méplat, je reviens sur les talons d'Iker qui m'avait pris quelques mètres, derrière, c'est le trou qui commence à bien se creuser, et en contrebas, un serpentin de lumière sur la piste qui monte de la mer.

Devant, avec 50m d'avance, 4 taches de lumière. 

Quelques minutes plus tard, une piste qui monte progressivement. J'ai de bonnes jambes, j'imprime mon rythme, et lâche Iker. Le groupe de devant ne prend rien, l'écart à même tendance à se réduire.

La piste est bonne je peux me faire plaisir.

Un 4x4 les suit les 4 coureurs, et je suis attiré par les feux du véhicule comme un insecte !

Je me rapproche. La piste s'avère être longue, je reviens sur eux mètres après mètres, pour enfin arriver à leur niveau, et poursuis...me permettant même de les doubler en relançant !

Tout le monde saute dans ma foulée, je mène la course !

De nouveau un sentier, on laisse la piste pour s’engager sur un sentier à droite. La musique change de tempo...et de maître d'orchestre. Je mène encore les deux premiers lacets, puis c’est Kilian himself, qui saute à coté du sentier sablonneux et prend les commandes. Je m'accroche tout en restant sur le sentier. Derrière, le trou est fait, Iker à une bonne centaine de mètre, et derrière lui, c'est encore plus loin, je ne les vois pas.

Le ravito des 7km se rapproche, nous sommes à 5.

Le sentier s’aplani et le village se rapproche. Nous arrivons sur la route. J’ai tenu bon, je suis avec le groupe, nous voilà cinq coureurs compact…1 suisse, 1 espagnol, 2 américains…et 1 français !

Une belle rampe sur le goudron, et nous entrons dans le cœur du village, c'est l'effervescence autour de Kilian, c’est magique de courir dans cette ambiance. Tout le monde scande son nom, il n’y a que lui…et nous…et nous ??? 

7km, 700m de dénivelé.

Arrivée au ravitaillement. Rien pour moi. Kilian s'arrête un peu plus longtemps vu qu'il n'a rien sur lui. Ni eau, ni gel…juste les contenant obligatoire…vide ! Light ! Nous filons, Kilian revient facilement, nous revoilà de nouveau à 5.

Personne derrière. Un peu plus loin, nous entendons à nouveau des clameurs monter du village. D’autres coureurs y arrivent.

Nous pénétrons dans une forêt. Le sentier monte toujours autant. Un peu plus loin, un détour. Je suis toujours en queue de groupe.

Nous revenons finalement un peu plus loin avec comme surprise Iker qui vient de passer… nous venons de faire une boucle supplémentaire et de perdre une bonne minute ! après Thomas Lorblanchet arrive en même temps que nous. Tant pis, c’est fait, il faut ce remobiliser.

Malheureusement, cette erreur qui parait anodine chamboule le groupe de tête. Dakota et Kilian, plus fort, partent récupérer Iker qui a du coup un peu d'avance, moi et les deux autres, un peu moins à l’aise, sommes en retrait, avec Thomas.

Le jour se lève, nous sortons des bois, et le vent, de face jusqu'à présent et plutôt frais, vient maintenant de coté, mais rafraichi toujours autant !

Le groupe explose, Floran prend un éclat, et part dans une mauvaise direction, on le rappelle, mais il n’est avec nous que physiquement avant de sombrer.

Mike commence lui aussi à temporiser, il décramponne dans une bonne montée, je me retrouve seule.

Andy revient tranquillement, et je ne peux le suivre que quelques mètres, il part devant, accompagné de Thomas qui le suit.

Je poursuis seul sur la piste tracée au milieu de la cendre volcanique damée. Quelques arbres de chaque coté, mais le vent souffle toujours.

Nous arrivons sur les premiers sommets lunaires intermédiaires à 1900m.

Un peu plus loin, c'est au tour de François de me passer. Il est très à l’aise, il vient à mon niveau et me passe de son rythme régulier avec un petit mot sympa au passage. Echange d’encouragement. Je lui lance que je commence à ne plus être très lucide…ce qui n’est pas loin d’être vrai…du coup, je prends le temps de me ravitailler d’un grand gel énergétique !

Le sommet est en vue, je suis à nouveau seul. Derrière, je vois au loin quelques points.
Floran, Mike certainement. Devant, d’autres points. Parmi les 7 coureurs qui me devancent, beaucoup de maillot blanc à manche rouge Salomon, je reconnais la grande silhouette de François, le fin Andy suivi de Thomas. Tout au loin devant, Kilian et Dakota.

Enfin le sommet. Tout en haut, quelques spectateurs ou bénévoles et photographes. Je n’ai pas la force de sourire, je reste concentré et commence à dévaler les 500m de dénivelé négatif qui me séparent du ravitaillement.

Un peu de cendre volcanique, quelques cailloux, puis j’entre dans la forêt. Je vois François et Thomas en point de mire. Derrière, mes poursuivant ne sont qu’à une portée de fusil (je ne connais pas la distance d’une portée de fusil mais ça doit être à peu près ça…)

Le chemin devient plus pentu, mais la descente est bonne et je la négocie bien. Les mètres passent rapidement.

La forêt se densifie, je gère et pense toujours à m’alimenter, le chemin est encore bien long !

Je commence enfin à entendre au loin le brouhaha du ravitaillement et un speaker qui s’agite sous le passage de coureurs. Le second gros ravitaillement arrive !

26ème kilomètre.

Le Team Salomon nous a mis en place au sol, par numéro de dossard, bien rangé, les sacs de ravitaillements qu'ils ont mis à notre dispo. C’est sport !

Je me penche sur le mien.

J'y ai quelque ravito de change. C'est à nouveau la fête au ravitaillement, noir de monde. La cohue.

Je prends mon bidon, une canette de coca que je vide en partie et repars sans perdre de temps.
Je laisse juste dans mon sac ma frontale pour « m’alléger » !

Je dois être 6 ou 7ème.
Je ne sais plus trop bien.

C'est donc reparti pour une transition de 6 km de piste "presque" plate avant l'ascension finale. Le presque signifie que c’est une succession de petite montée descente en faux plat. Usant, et psychologiquement usant aussi cette large piste sans personne !

Je double sur la première portion un Iker qui à l'air moins bien. Décidément, nous deux, on joue au chat et à la souris ! Je ne prends pas le temps de discuter, l’espagnol en plein effort…pas trop motivé ! Et j’en profite pour reprendre les devant et essayé de creuser un peu l’écart. Je ne vois personne devant, tout comme je ne vois personne derrière mis à part Iker.

Fin de piste, quelques virages qui cachent la visibilité, et puis je vois enfin le redémarrage de la montée vers le sommet de l’ile. Un point blanc commence à monter, seul, c’est sans aucun doute Thomas. Je le prends en repère. François à du partir devant. Il avait l’air plus à l’aise.

Je suis motivé par cette 6ème place que je viens de reprendre à Iker et par la proximité de Thomas. Au pied de la montée, un ravitaillement en haut. La chaleur commence à être importante, et j’ai déjà bien
bu, je rempli un de mes bidons d’eau claire, ça me change un peu du sucré. Et je commence déjà à me verser de l’eau sur la tête.
Il faut penser à refroidir le moteur !

Début de la montée.
Thomas qui est seul, à l'air de caler un peu, je m'en rapproche et m'y accroche. Je le vois toujours 2/3 lacets devant. Des faux plats, je relance, l’écart se réduit.

Petite course poursuite.
Je fais l'effort. Derrière, l'écart sur Iker se creuse progressivement, puis il disparait de mon champ de vision.

Je poursuis mon effort, et je reviens quelques minutes après avec Thomas, c'est parti pour un bon bout de chemin ensemble, plus souvent moi dans son sillage que le contraire...

Je tente parfois de revenir pour un relais, mais il garde les commandes, je suis sagement…enfin je fais l’effort pour le suivre !

Derrière, nous avons deux coureurs aux trousses. Un certain Jordi Bes Ginesta et  l'insatiable Iker qui revient encore.

Ce dernier fini par revenir et nous doubler. Le sentier devient plus technique. La cendre à fait place à de la roche volcanique, les appuis sont moins stables.

Nous poursuivons, au loin, nous pouvons voir le sommet grâce aux observatoires qui l’ornent. Nous longeons une arrête. A gauche, une large caldeira, avec au centre une ville…c’est la ville d’arrivée ! La Palma ! Tout en bas…à portée de vue…la mer !

Nous longeons la crête, quelques ravitaillement en eau au passage où j’en profite pour m’arroser comme il se doit, le vent ne nous rafraichi plus tant et le soleil nous assomme !

Les observatoires se rapprochent, ou plutôt, nous nous rapprochons des observatoires.
J’arrive à prendre quelques relais à Thomas, mais il est coriace ! Nous nous entrainons en avant.

57ème km.
Ravitaillement. Il est en haut du promontoire, encore une belle pente à escalader. C’est du technique, quelques lacets de monotrace au
milieu des rochers, des spectateurs qui ne manquent pas de nous encourager, et là haut, des acclamations qui nous attirent.

Derniers efforts pour cette ascension, et nous voilà tout en haut ! Roque de Las Muchachos : 2426m !

Je rentre dans la tente de ravitaillement sur les talons de Thomas, et me dirige directement vers ma poche alignée avec les autres. J’y prends comme au 26ème kilomètres mon bidons, échange standard, une gorgée de coca, je vais à la table de ravitaillement pour un peu de solide, une demie banane, et c’est reparti.

Je prends les devant tout juste suivi par Thomas.

Le début de la descente est progressif. J’en profite pour bien relancé, Thomas semble fouiller dans sa ceinture, je lui prends naturellement quelques longueurs.

Tout va plutôt bien, les pieds sont bien préservé pour l’instant dans mes Attacks malgré la technicité du terrain, je suis confiant !

Après quelques minutes, la pente s'accentuant, Thomas me revient dessus, me double et me lâche sans problèmes. Je ne suis pas aussi bon technicien que lui, et je manque beaucoup de prépa dans ses passages.

Me voilà parti pour une longue descente en solitaire (2400m d'un coup en 20km !)
Les jambes risquent d'avoir mal en bout de course !!!

Je n'arrive pas à prendre de risque, d'autant qu'avec la pente, les pieds souffrent un maximum cette fois ci en buttant en bout de chaussure.

La mer est en bas, mais ne se rapproche pas vite ! A la montre, les mètres négatifs commencent à défiler.

A mi pente, un catalan vient de derrière et me double, pas très vite, mais il m'a doublé quand même ! Je commence à avoir chaud ! Il n’y a plus un brin d’air dans cette descente, et mon bidon se vide !

Voilà enfin le ravitaillement en eau de la moitié de la descente. Je m'y arrête.
Je suis cuit. Au sens propre, par le soleil qui ne nous épargne pas.
Pas un brin de vent, une chaleur folle, je suis en surchauffe !!! Mon bidon est vide, je le repli d'eau, que je me vide sur la tête à trois reprise...le rempli une dernière fois, m'appui sur la table et ferme les yeux quelques secondes pour retrouver mes esprits...il faut repartir ! Je repars, mi-vacillant, pas bien frais...mais un peu plus quand même qu'en arrivant ici une minute plus tôt. Jean-Mi m’encourage, les bénévole également, bientôt la fin, plus que 8km avant d’arriver sur le port.

C’est toujours aussi pentu, encore 900m de dénivelé à descendre quand même !

Jordi le Catalan n'est pas très loin, je reviens un peu dessus progressivement. Les mètres (d'altitude !!!) défilent à ma montre, ça dégringole, c’est bon signe ! Mais la pente est raide et les pieds s’en souviendront ! La mer, qu'on voit depuis...tout en haut !!,semble se rapprocher...mais elle est toujours trop loin !

400m d'altitude. Je reviens sur l'espagnole et le double. J'accélère un peu pour creuser l'écart rapidement. On descend encore. La mer se rapproche encore !

Ca descend toujours, portion de bitume, mais la pente est toujours aussi raide ! Je serre les dents et essaye de me détendre musculairement.

Dernière rampe. Cette fois ci, c'est une ancienne, très ancienne voie, faite de pavé de lave ! Dure, très dure !  Et les appuis qui ne sont pas aussi bon que précédemment. Ca descend directement à la mer.

J'enchaîne les lacets abrupts, direction directe sur la plage juste en dessous.

200m d'altitude.
Surprise, je découvre deux lacets plus bas Thomas boitillant. Je reviens du coup rapidement dessus. A son niveau, j'apprends qu'il a le genou en vrac. Mince. Il est apte à descendre, je l'abandonne après avoir proposée une aide bien maigre.

Les derniers mètres s’enchaînent, j'arrive enfin tout en bas...enfin la mer !

Avec la mer, une autre bonne nouvelle…un nouveau ravitaillement, je m'immerge sous quelques litres d'eau, refroidissement du moteur. Il fait une chaleur folle, sans air. Je bois et repars. Juste devant moi : Iker, juste derrière : Jordi. Iker doit avoir à peine 300m d’avance, soit une bonne minute d'avance. C'est pas beaucoup ! Mais vu l’état de fraicheur, ce n’est pas gagné non plus…Il reste 5km, beaucoup de bitume, peut être ... ???

C'est parti pour l'enfer, le vrai.

Nous sortons du village côtier, et nous voilà sur une longue portion d'1,5km de bitume. Une route sans ombre. Droite. Le long d'un ruisseau à peine alimenté en eau. Le tout en léger faux plat montant. Ma montre ne décolle pas du 11,5km/h ! A cette allure là, l'écart avec Iker ne varie pas.

Je réussis à maintenir mon écart avec Iker. Je me retourne et constate que mes efforts pour maintenir une allure la plus digne possible si c’est encore possible ( !), portent leurs fruits et que l’écart avec Jordi a tendance à s’agrandir. Je m’accroche à ma 6ème place !

Après d’interminables minutes le long d’une rivière, sur cette route bitumée sans la moindre ombre, enfin un bénévole nous indique de tourner à droite.
Je franchi un pont, et me dirige vers le dernier mur.

200m, virage à droite et me voilà au pied du mur. « C’est au pied du mur qu’on voit le mieux le mur » a-t-on coutume de dire. Là, je n’ai pas le choix, il faut que je m’y engage.

Téméraire, oui. Je commence l’ascension en montant.

Pas fou, non, je stoppe aussitôt et me mets à marcher. J’essaye tant bien que mal d’imprimer d’emblée une bonne allure. Je creuse encore l’écart sur mon poursuivant, mais Iker est maintenant hors de vue.

Le chemin de croix est fait de pavé de lave. Je déguste quelques instant d’ombre en rasant les parois, mais il n’y a pas un brin d’air est l’ambiance est étouffante. Je monte.

Je regarde ma montre, essaye de relancer dès que possible, lacet après lacet, je progresse.

Quelques spectateurs m’encouragent au passage. Une bouffée d’air qui me motive encore à relancer.

Usant, traumatisant…achevant. 1km.

Et puis enfin, les premières maisons apparaissent tout en haut. Le dernier effort.

A la sortie du chemin, un motard de la police m’attend. Super sympa, il me tend sa petite bouteille d’eau ! Je l’accepte comme une providence. Je ne bois même pas, je m’arrose. Je ne veux pas non plus lui gaspiller toute son eau, je lui rends donc la bouteille avant qu’elle ne soit complètement vidée !

Il doit maintenant rester 2 km. Je repars petite foulée. Ne pas perdre de temps. S’accrocher à cette 6ème place. Iker sera dur à aller chercher, mais il faut garder l’écart maintenant conséquent avec le Catalan.

Quelques virages, accompagner de mon motard qui s’occupe de ma sécurité ( !!), et je débouche sur une ligne droite. Une longue ligne droite de près d’1km de long ! Tout au bout, c’est l’arrivée. Le centre ville de La Palma.

Mais sur cette longue artère : pas un brin d’ombre ! En pleine rue, sur le bitume, avec le coté psychologique de la longue ligne droite : ce n’est pas possible !

Mon policier m’ouvre toujours la route, sauf que je ne suis plus dessus ! J’optimise la fraicheur, je me suis mis sur le trottoir, quitte à slalomer de temps en temps entre les piétons, pour profiter de la maigre ombre offerte par les façades d’immeuble. C’est toujours un réconfort important. Mon motard me suit donc en parallèle. Je me retourne pour voir tout au bout, Jordi qui arrive à son tour.

Bientôt la délivrance, je maintiens mon allure. 11…12km/h. Faible allure mais les force sont entamés et la chaleur m’écrase !

Cette ligne droite est interminable !

Mais enfin, je distingue une arche tout au bout et me mets à rêver de l’arriver, du ravitaillement qui y sera servi et de l’ombre que je pourrais y trouver !

Elle arrive enfin…mais ce n’est pas l’arrivée ! Tout au bout, virage à droite, ça y est je la vois, elle est juste là !

Virage à gauche…dernière ligne droite ! C’est terminé ! Plus que 150 mètres !

C’est joué ! Pas gagné, mais ça en a le gout !

Je peux enfin franchir la ligne, ravi.

 

6ème de la course en 7h46' d'un plateau décrit comme unique dans le monde du Trail, avec Américain, espagnol, français, italien, allemand, anglais, hongrois... un grosse bataille dans un univers fait pour le trail, l'Ile de la Palma.

Et tout ça sans réelle préparation pour arriver sur une course avec tant de dénivelé.
C’est de bon augure !

 

Le premier aura mis 46' de moins avec à peine 7h00 de course. Une course de folie remportée par le tout jeune américain de 21ans Dakota Jones sur le finish avec Andy Symonds sur ses talons.

Oui, une course exceptionnelle, avec une arrivée de Kilian Jornet lui-même vascillante.

Oui, une belle course à faire tourner la tête et à garder en tête !

 

Place Drs Nom Temps Final Club

 

1   26    Dakota Jones                06:58:44 MONTRAIL

2   40    Andy Symonds             07:00:35 SALOMON FRANCE

3   27    Kilian Jornet Burgada  07:09:54 SALOMON SANTIVERI

4   15    Francois D´haene         07:23:41 TEAM SALOMON

5   28    Iker Karrera Aramburu 07:38:59 SALOMON SANTIVERI

6   13    Erik Clavery                   07:46:52 ASICS FRANCE

7   3      Jordi Bes Ginesta          07:48:29 SALOMON ESPORTS NABES

8   32    Thomas Lorblanchet    08:02:28 SALOMON

9   10    Giuliano Cavallo            08:03:37 SALOMON CARNIFAST

10 21    Rickey Gates                  08:04:25 SALOMON

11 36    Philipp Reiter                 08:10:26 SALOMON GERMANY BMW

12 23    Joe Grant                        08:10:26 ARC'TERYX

13 24    Anna Heather Frost F    08:11:31 SALOMON

14 43    Mike Wolfe                     08:15:00 THE NORTH FACE

15 476 José David Lutzardo B.   08:20:22 TENERIFE TRAIL

16 39    Ian Sharman                    08:20:55 THE NORTH FACE

17 37    Gustavo Reyes                08:21:53 SALOMON

18 18    Matthias Dippacher       08:24:31 SALOMON GERMANY BMW

19 14    Yann Curien                     08:25:51 SIGVARIS TRAIL TEAM

 

Et puis l’arrivée est franchie.

De l’ombre ! De l’eau. Une douche au jet d’eau ! Quelques « fans » espagnoles qui me demandent autographes et photos…une « hystérique » qui se rue sur moi dans un tourbillon d’embrassade collante de transpiration, et des photos sous tous les angles ! Que de souvenirs !

Et puis un bain dans la petite piscine d’enfant mise à disposition. Bain d’eau glacée dans lequel sont régulièrement placé des poches de glaçons.
Cryothérapie à déguster !

 

Et puis les coureurs commencent à arriver. Première femme, Anna Frost, à seulement 25’ derrière moi, 13ème…exceptionnelle !

Je m’offre en prime un massage en attendant les autres coureurs. Yann. Manu. Certain ayant abandonné arrivent en aparté.

 

La fête continue. Manu est arrivé, nous rentrons avec Sissi à l’hôtel. Une bonne douche, une bonne baignade dans la piscine, une après midi repos !

Le soir, c’est la cérémonie. Les échos disent que les 10 premiers montent sur le podium…nous y retournons. 30’ de route en zig et en zag.

Sur place, changé, nous attendons. Du monde est amassé devant le car podium dimensionné comme pour accueillir un concert de star.

La cérémonie commence, les podiums s’enchainent, les enfants, le marathon, puis enfin la Transvulcania ultra-marathon. Une heure d’attente derrière le car podium, avec Cucu, sans rien voir du spectacle, et voilà le moment tant attendu !

Les premiers sont appelés…c’est tout !!

Le gag ! Nous sommes restés 1 heure derrière, sans rien voir, assis sur une bordure de trottoir…pour rien !!!

 

Tant pis, la fête devait être belle vu de devant !!! Sur ces entrefaites, avant de rentré, nous nous servons d’une paëlla servie par l’organisation aux coureurs…plutôt deux fois qu’une !!

 

Tôt au dodo !
Lorsque j’arrive, mon colocataire, Ksomor, dort déjà.

 

Dimanche. Je me réveille, Ksomor…n’est plus là !

 

Journée paisible.
Internet, manger, baigner, se reposer…la belle vie !

En fin de journée, j’ose quand même une virée pied nu sur le bitume à la plage de sable noir qui se trouve être à un bon kilomètre de l’hôtel. Baignade en mer, rien de meilleur !

Je reviens à l’hôtel pour le diner. Deux américain qui trottinent arrivent sur moi et m’accompagne finalement. L’un d’eux parle français…et pour cause, il a vécu 7 ans en France, à Nantes, et à fait ses études à La Rochelle…tout comme moi !

Joe. Joe Grant (presque comme le whiskey !) Bien sympa, je suis invité à m’arrêter dans le Colorado où il vit avec sa femme si j’y passe un jour !

Belle rencontre !

 

Et puis les bonne aventure ont une fin, celle-ci aussi, lendemain matin, réveil 5h pour repartir sur Nantes. Fini les 35°C, fini le soleil…

Le dimanche soir, je vois l’espace de 10’ Ksomor avec qui je discute un peu pour un débriefing de la course. Il a abandonné. Pas bien.

Le lendemain bien sur, je m’en vais sans le réveiller, il dort encore…nous ne nous serons pas vu beaucoup dans le séjour !

Décollage à 10h, j’arrive à Nantes à 22h00…12 heures de trajet dont 6 heures d’attente dans les différents aéroports, de Ténérife puis de Madrid.

 

Enfin me revoilà arrivé.
Courte nuit avant de sortir de mes rêves à peine entamés et de reprendre le boulot !



16/06/2012
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