/// Erik ... à suivre ... \\\

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Ambiance Grand Raid Réunion 2010 - Un récit "coup de coeur"...

Ci-dessous le compte-rendu de Cyrille, prof. de maths au Port, la Réunion..."un" des 1445 à avoir "survécu" !

Bonne lecture...

 

Erik



 

 

Dépassement de soi. Voyage  intérieure.  Autant de concepts abstraits, difficiles à cerner.


Emotions, vibrations, sensations. Autant de valeurs floues, difficiles à ressentir.


Pourtant, à la Réunion, il existe un moyen magique mais déraisonnable de partir à la découverte de ces notions rares.


Ce vecteur de sensations extrêmes se nomme Grand Raid ou Diagonale des Fous.


Un parcours de 163 Km tranchant l’ile d’est en ouest, telle une cicatrice sur un visage hagard.


Plus de 9600 mètres de dénivelé positif et autant en négatif sur des sentiers escarpés, techniques et rocailleux.


Des chiffres effrayants au-delà du normal.  Au-delà de la raison.


Des chiffres volontairement gigantesques, pour que chacun des 2500 participants (mêmes les meilleurs) puissent, à un moment ou un autre, pénétrer un monde inconnu, insoupçonné de tous. Un espace  intérieure dans les arcanes de son corps, mais surtout dans les méandres de son mental. Une odyssée tragique, où poussé à bout, notre subconscient décide de repousser les limites de perception de la douleur. Avant de les atteindre indubitablement  pour finalement les terrasser.


Vaincre l’invincible. Le prétendument invincible.


Cependant, pour que cette victoire ne soit pas uniquement synonyme de souffrances, de blessures et de pleurs, il s’avère indispensable de préparer son corps à accepter l’inacceptable.
Et c’est là qu’intervient l’entrainement, pour que dans ce marasme de supplices perpétuels, apparaisse la notion ultime de plaisir. Le mot est lâché. Prendre du plaisir lors d’une telle épreuve !


Cette édition 2010 symbolisait pour moi l’aboutissement de 8 mois d’efforts, de sacrifices et d’entrainements. Somme toute modestes par rapport à beaucoup d’autres coureurs, mais déjà substantiels me concernant. Les trois premières éditions m’avaient,  à des degrés diverses, violemment montrés  le manque d’investissement et de sérieux témoignés lors des entrainements. Blessures ou fatigue persistante m’avait empêché de prendre du plaisir, où finalement seule la souffrance puis la libération de franchir la ligne d’arrivée, avaient survécus dans mes souvenirs. Ce qui n’était déjà pas si mal. Mais cette année, j’avais tout mis en œuvre pour bouleverser ces mauvaises habitudes.


Mais lorsque la semaine précédant la course, Marie fut mise sous antibiotique pour lutter contre un virus cloisonné à la maison, le moral s’étiola. Ce dernier déclina d’un coup, lorsque Matteo, à 3h30 le samedi matin  alla faire expertiser ses 39.6° de fièvre au médecin de garde de l’hôpital de Saint Paul. Ce virus se déplaçait parmi nous et cela n’augurait rien de bon.


Mon moral fut proche du néant lorsque le jour même de la course, ma température corporelle atteignit 38.1°. Panique absolue et la sensation terrible de voir le bénéfice de 8 mois d’entrainement, annihilés au dernier moment, par un virus récalcitrant.


Dans le bus affrété aux coureurs pour les acheminer au point de départ de l’épreuve, je me revois demander au chauffeur de s’arrêter pour que je puisse vomir sous le regard interloqué des autres concurrents. Ces 3 heures de transport ajoutés à une mollesse flagrante de mes jambes achevèrent de me détruire moralement.  Mais au moment où j’imaginai déjà les premiers mots de mon récit de course écourté par l’échec, j’allumai machinalement mon portable.


Une vingtaine de sonnerie synonyme d’autant  de messages réconfortants ralluma la flamme.


Et des encouragements multiples parfois mêmes de numéros inconnus.


Et cet espoir placé en moi, à la maison ou à 10000 Km de là.


Et mes larmes de désespoir avec la ferme intention de ne pas les décevoir.


La raison aurait voulu que je ne participe pas à cette course dans cet état fiévreux. Mais le brillantissime Pascal au départ de son 1er grand Raid, n’a-t’il pas dit : «  Le cœur a ses raisons que la raison ignore »


L’air frais de Saint Philippe, quelques sandwichs ingurgités et un puissant anti inflammatoire absorbé me requinquèrent suffisamment pour tenter l’expérience. La rude montée au volcan et ses 2300 mètres de dénivelé constituerait un test grandeur nature sur mon état de forme. On en tirerait les conclusions ultérieurement, au sommet.

 


Finalement, un miracle eut lieu puisque ma progression sur les sentes réunionnaises correspondait aux temps de passage imaginés avant la course. Je ne ressentais pas outre mesure les effets néfastes du virus. Le remède agissait efficacement. La grosse difficulté de cette première moitié eut lieu au Km 71. Au pied de HellBourg, se dressaient  les 1500 mètres du mur du Cap Anglais, et l’absence de plats chauds au ravitaillement me fut fatale.  Une montée lente et des places cédées en pagaille jusqu’à l’arrivée sur Cilaos. La faim me tiraillait et le doute m’habitait. Mais l’espoir demeurait car mes jambes n’étaient pas meurtries.


Je me revois dans le réfectoire de Cilaos, avalant péniblement un plat de pates en sauce, alors qu’un membre de l’organisation vint interrompre nos bouchées par ces mots : « Pour ceux qui hésitent à abandonner, qu’ils sachent qu’un bus part dans 10 minutes pour les ramener chez eux. Le prochain est dans 4 heures. »  Le genre de situation, où seul un moral d’acier permet de ne pas céder à la tentation.


Changement de tenue, repas chaud régénérant, repos du corps et de l’esprit. Un anti inflammatoire de plus dans le gosier.


21h. L’heure de quitter Cilaos, pour la seconde partie du raid.


Celle où tout se joue. Celle où tout commence. Il reste 73 Km à parcourir et la deuxième nuit d’efforts se profile dans l’antre de Mafate.


Et très rapidement je comprends que cette année sera différente des précédentes. Les éditions antérieures m’avaient vu subir cette seconde partie de course. Blessé ou fatigué, en mode survie pour rallier l’arrivée, j’errais alors péniblement sur les sentiers, de ravitaillement en ravitaillement.


Mais cette fois-ci, la donne avait changé. Articulations et muscles répondaient à mes attentes et le moral en découlant fut renforcé. A aucun moment, je ne sentis poindre une quelconque envie de sommeil. Les difficultés s’enchainaient naturellement et le classement s’améliorait à chaque point de contrôle. Des pates à Marla, un cari à Deux Bras, les crêpes de Marie sur le Chemin Ratinaud à Dos d’Ane et toujours pas de blessures.


Comme dans un rêve.


Je bénissais les heures d’entrainements effectuées au préalable et comprenais enfin le sens du mot plaisir. Car j’en prenais, par chance d’un jour béni, conjugués aux effets anesthésiants des anti- inflammatoires absorbés.


Le climax du bonheur fut atteint dans la descente finale du Colorado, surplombant le stade de Saint Denis. Comme un symbole, elle fut  effectuée en 50 minutes. Même en reconnaissance, à l’entrainement, je n’avais jamais mis si peu de temps. Je me suis revu les éditions précédentes boitillant dans ces 600 derniers mètres de dénivelé négatif, doublés sans cesse, n’attendant que la libération finale de la ligne d’arrivée franchie. Mais aujourd’hui était un autre jour. Je gambadais, tel un cabri péi.


La course contre le soleil me motivait également. Et franchir la ligne fatidique, sous les applaudisssements nourris de Marie, en serrant fermement la main de mon fils après 44h de course et une honorable 372ème place, demeure immanquablement l’image forte de la course.

 

Voilà le plaisir évoqué précédemment. Des sensations et des souvenirs inoubliables.


Ainsi s’achève le compte rendu de cette course exceptionnelle. En espèrant ne pas avoir perdu trop de lecteurs au fil des lignes. On excusera la longueur de ce texte,  au dénouement aussi jouissif qu’inespéré, eu égard à mon piteux état moral, dans la zone de départ jeudi soir, aux portes de l’abattement.


Cette année, plus encore que les fois précédentes, ce raid fut extrême de par sa longueur mais aussi de par la présence extraordinaire parmi les participants de la légende vivante de l’ultra-trail. Un catalan de 23 ans qui consacre son existence à pulvériser sur tous les continents de la planète les records les plus inaccessibles. Il est venu sur l’ile avec sa gentillesse, sa disponibilité et son humilité. Il a évidemment éclaboussé de toute sa classe ce week-end sportif, rendant encore plus mémorable cette 18ème édition.


A l’instar de Kilian Jornet, saluant son Team Salomon, je tiens à remercier également mes sponsors sans lesquels je n’aurai pu atteindre ce niveau de performances : Ibuprofène 400, Dafalgan et Efferalgan 500.
Merci à eux et à bientôt.


Cyrille

PS: En pièces jointes, un souvenir de l'arrivée, un document sur les temps de passage et la vision de rève à 3h30 du matin au sommet du Piton de la Fournaise pour tous les raiders.



02/11/2010
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