/// Erik ... à suivre ... \\\

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L’Enfer du Nord : Trail de la Cote d’Opale.

Samedi midi, après une soirée bien sympathique, départ pour 7h de route en direction de Wissant, à proximité de Calais, sur la Cote d’Opale, à quelques kilomètres des côtes anglaises. Laurent a pris contact avec l’organisation afin que je sois hébergé sur place. Finalement, c’est Philippe qui m’a proposé de passer la nuit chez lui, histoire de bien dormir et de me mettre dans les meilleures conditions possibles.

Mes parents, venant de La Palmyre, passent me prendre sur Nantes puis direction le Pas de Calais via Rennes, Caen et Rouen. 7 heures de lecture en perspective !

Nous arrivons sur place à 21h après avoir dégusté (ou englouti, c’est selon !), une « pasta-party » en bonne et due forme en bord d’autoroute…ça change !

Philippe nous accueille chaleureusement chez lui, nous discutons un peu puis c’est direction le lit, aimablement mis à ma disposition par son fils Charles.

Je passe ma meilleure nuit d’avant course jusqu’à ce jour. 8 heures de sommeil non-stop…un régal !

 

Le Jour J : Beau temps, un beau plateau sympa, un peu frais à l’heure du départ mais chaud après deux heures de course, et un vent qui vient d’Angleterre…donc frais !

 

La tenue : Asics gel Attack aux pieds, manchons et Quads, porte bidon simple jusqu'au 39ème puis camel jusqu’à la fin. 1 gel 3 doses, 2 1/2 bananes et 1,75l de boisson Maxim, 2 verres de coca et 3 d'eau...pétillante !

 

Le matin, réveil après cette bonne nuit de sommeil, puis je rejoins Philippe, Marie et Charles à la cuisine pour un gros petit déjeuné, 3/4 de carbo cake Maxim ingurgité ! Les bidons de ravitaillement sont prêts. Tout est ok pour la course.

Propre et le ventre rempli, je revêts ma tenue de course toute neuve pour l’occasion, avec le maillot blanc, le short et les Compressports aux jambes. Je rejoins ensuite mes parents sur le parking et laisse mes hôtes qui se préparent à baliser une partie du parcours. Je les retrouverais certainement plus tard sur la course.

Nous partons vers le site de départ, le centre de Wissant. Nous y trouvons à nous garer sans aucun problème.

Nous faisons le tour du site de départ, l’heure approche, il est 9h00, le départ est prévu pour 9h15, nous descendons donc sur la plage et je tourne quelques minutes pour échauffer un peu la machine !

Au fur et à mesure des minutes qui s’écoulent, j’enlève les épaisseurs de vêtement.

Finalement, je me retrouve à retirer mes manchettes. La fraicheur matinale est encore bien présente, mais je pense que quelques minutes après le départ, la température ne me gênera plus du tout et un peu d’air frais ne pourra me faire que du bien !

 

Le départ est donné à 9h15 pour les 58,5km comprenant 1300m de dénivelé positif, avec au programme, de la plage, des dunes, des cotes, falaises, des chemins champêtres, des collines à monter…

Un seul et même coup de pistolet pour les trois courses que sont le 17, 37 et 58km. La plage est large, et les 2500 concurrents que nous sommes s’étalent vite.  Les courses plus courtes partant en même temps, le départ s’en retrouve rapide. Je reste au niveau de Thierry Breuil, tout en cherchant le sable le plus dur possible sur les premiers kilomètres. J’opte pour une option plus à gauche, coté mer, pour trouver du sable dur. Thierry est quant à lui sur la droite, au pied des falaises. Nous évoluons au « coude à coude à distance », puisque une cinquantaine de mètres nous sépare !

A notre niveau, aucune autre « tête d’affiche » n’est présente, ils ont certainement privilégié un départ plus tranquille. Gilles Guichard, Damien Vierdet, Franck Mantel, Patrick Bringer…ils sont tous derrière.

Devant, seuls quatre athlètes nous précèdent. Ce sont des concurrents des autres courses…pas de panique !

Les 4km de plage sont avalés à bonne allure ! Au bout de la plage, montée au sommet du Cap Blanc Nez. Grâce à une meilleure option, j’arrive à l’escalier quelques mètres devant lui et m’y engage.

La première montée après 20’ de plat fait mal aux jambes ! Personne derrière, Thierry revient à ma hauteur, et nous continuons la montée cote à cote en nous économisant.

Après le goulet qui nous permet de remonter au niveau du haut des falaises, nous nous engageons sur un sentier qui poursuit l’ascension en direction de l’antenne. Thierry passe devant, je lui emboite le pas. Les derniers mètres d’ascension se font dans un petit goulet, certainement un ancien passage creusé par les allemands pendant la guerre, une espèce de tranchée qui sinue jusqu’en haut. Thierry maintient une bonne allure, je m’applique à ne pas le lâcher d’une semelle ! Derrière nous, un cordon de coureurs commence à se former jusqu’en bas.

Enfin, encouragés par les nombreux spectateurs perchés sur le point de vue, nous arrivons au sommet. Après avoir contourné l’antenne, nous entamons une première descente bien roulante jusqu’à la route. Toujours ensemble avec Thierry. Il me donne des indications, je l’écoute attentivement en approuvant.

En bas, une arche marquée « arrivée ». C’est un tapis de pointage…je « fais le sprint pour la forme » et annonce tout fièrement à Thierry que j’ai gagné !

Pas grand intérêt…nous poursuivons et entamons la seconde montée. Il m’indique les passages où nous allons. Je l’écoute toujours. Il prend un pointage et m’annonce Patrick à 50’’. C’est déjà pas mal ! Mais a priori il n’est pas tout seul…bon, ils sont deux ! Et alors ? Il reste encore 50km, chose que Thierry, en regardant sa montre, ne se prive pas de m’annoncer sur un ton humoristique… « il ne reste « plus que » 50km ! »…ben voyons !

Dans un virage, nous tournons à gauche, les coureurs des deux autres courses prennent un « raccourci » par la droite. Dorénavant, nous saurons qui fait parti du 58km.

Un peu plus d’une demi-heure de course, le rythme est très élevé, alors je temporise dans les montées à la pensée de ce qui nous attend encore. Thierry me prend souvent quelques mètres mais m’attend malgré tout pour s’éviter de faire le reste tout seul !

Quelques petits singles s’enchainent. Une moto joue avec nous tout en nous filmant. Nous jouons avec eux et Thierry ne manque pas la petite pointe d’humour lorsque nous les doublons…toujours aussi tranquille de son coté !

La deuxième côte avalée, un peu de travers me concernant ( !), nous poursuivons. Lui persévère à rester avec moi, l’écart avec Patrick se stabilise, et nous entamons une belle descente bitumée à grandes enjambées.

Dans la descente, la moto revient à notre niveau, j’en profite pour lui dire le privilège pour moi de courir avec un futur triple champion de France…tout un honneur…

Après une heure de course, traversée de village, et à nouveau une côte ombragée par une haie. Un single rectiligne. Thierry me lâche, nous en sommes à 1h00 de course, et il nous reste à peu près 42km ! Il aura passé une heure à me faire la discussion…et moi à me contenter d’acquiescer !

Très vite il prend le large, très vite je me retourne pour constater l’écart avec Patrick. J’en profite pour monter tranquille cette côte qui s’éternise.

Après quelques instants, juste en haut, il revient sur moi. Je lui annonce immédiatement que Thierry est en très grande forme.

Avec Patrick, les choses se calment un peu, le rythme devient plus raisonnable. Nous sommes conscient que Thierry prend la poudre d’escampette, mais nous préférons continuer plus prudemment et garder un peu de force pour la fin de parcours délicate, pour éviter tout retour de l’arrière en fin de parcours. Dans ma tête, les calculs se font. Thierry, vu sa forme, est assuré, sauf gros pépin, de remporter cette course qu’il connait en plus très bien. Il sera donc officiellement Champion de France dès ce soir. Pour la seconde place du Championnat de France, si Patrick termine second, il est aussi assuré de l’avoir. Et dans le cas ou je terminerai devant lui, il me faudrait gagner les Templiers pour accéder à cette seconde place…rien n’est impossible, mais restons dans le domaine du raisonnable.

Si au pire je termine 3ème, j’empocherai un nombre de point important qui me permettrait de « creusé » l’écart par rapport à mon rival principal, Damien Vierdet…qui est derrière en ce moment !

Bref, mon rôle aujourd’hui, m’accrocher à ce podium qui me permettrait de me donner une marge pour la dernière épreuve du Championnat de France qui sera pour moi déterminante, les Templiers.

Nous maintenons donc un bon rythme sans se mettre dans le rouge, et montons une nouvelle côte. En haut de celle-ci, nous tournons autour d’un blockhaus en redescendant, nous croisons Damien qui s’apprête à faire le petit tour…notre avance n’est pas si grande, sachant qu’en plus il y a un athlète entre nous ! Nous allongeons donc un peu plus dans la descente pour reprendre un peu de temps. Devant, on nous annonce naturellement un écart qui grandit constamment.

Sur un chemin parallèle, des coureurs des 12 et 30km que nous avions quitté un peu plus tôt sont à nouveau visibles. Je profite d’un petit replat pour avaler un gel Maxim et boire une petite rasade pour faire couler le tout.

Le premier ravitaillement du 23ème kilomètre se rapproche. C’est une bonne descente qui nous y mène, puis nous rentrons dans Wissant. Les spectateurs se font de plus en plus nombreux à l’approche du ravitaillement. Mes parents sont à l’entrée de celui-ci et me tendent mon bidon plein, banane et gel que je délaisse. Thierry est passé depuis déjà 3’. Je rentre dans la zone de ravitaillement, Patrick fait également son changement de provisions, je prends sur la table un verre de coca puis d’eau, et nous repartons ensemble après s’être à peine arrêter.

A peine sortie du ravitaillement, nous voilà à emprunter quelques chemins entre les maisons et nous arrivons rapidement à l’extérieur du village.

Après 1km sur un chemin roulant, nous empruntons une allée de sable. Les appuis sont fuyants, il faut avancer en puissance, je reste calmement calé derrière Patrick en soufflant sous l’intensité de l’effort.

Nous avançons ainsi jusqu’à la plage, et après la traversée d’une dune, nous descendons sur la plage. Je prends immédiatement le sable dur pour enfin retrouver un peu d’appuis. Nous courrons avec Patrick cote à cote. Devant, pas de Thierry en vue. Derrière, nos adversaires débouchent avec un retard rassurant.

Deux petits kilomètres de plage et de sable dur, et j’ai la surprise de voir sur la plage mes parents qui nous encouragent et nous donnent un nouvel écart…Thierry à 4’ ! 1’ de prise depuis le ravitaillement, l’écart grandit vite !

Juste après, nous rentrons dans les dunes par un chemin, puis retrouvons à nouveau une partie de sable mou. Rapidement, le chemin devient plus dur et permet de courir avec de meilleurs appuis, mais s’élève également pour rejoindre le sémaphore du Cap Gris Nez. Tout là haut, je vois Thierry, l’avance est très grande. Mais derrière, l’écart semble fait.

Nous enchainons les volées de marche, et approchons petit à petit de « là haut ». Les jambes commencent à être dures, il y a une trentaine de kilomètres de parcouru, il en reste donc 28…et ce n’est pas rien au vu des difficultés à venir et de la fatigue qui s’installe. Une petite douleur fait également son apparition sur le coté gauche du genou, je commence à me poser des questions ! Il va me falloir un gros mental pour arriver à bout de cette épreuve !

Enfin au sommet du Cap Gris Nez, nous empruntons sur quelques mètres la route d’accès au mirador puis dévalons des escaliers pour rejoindre la crête de la falaise de cette Cote d’Opale. A notre gauche, toujours une vue imprenable sur les côtes anglaises…si proche !

C’est maintenant une partie de 3 bons kilomètres sur un sentier de prairie qui nous attend. L’allure est bien moins vive qu’au début de course, mais nous maintenons quand même une bonne vitesse. Derrière, la vue est dégagée jusqu’au Cap, et entre les touristes, je peux apercevoir au loin nos suivants, sur lesquels l’écart semble s’agrandir. Rassurant vu l’état de fatigue et de douleur grandissant. Nous quittons juste après la falaise pour rentrer dans les terres. Dans la montée qui quitte cette côte, Patrick, qui commence à avoir les mêmes symptômes que moi aux ischios, me dit qu’il retirera ces Quads au ravitaillement. Je lui réponds la même chose. Finalement, d’un commun accord, nous nous arrêtons tous les deux en même temps. Les Quads retirés, nous repartons. Ma ceinture, peut être trop serrée malgré le fait qu’elle tourne sans cesse, me serre au niveau du bas des abdominaux et je ressens comme des débuts de pubalgie. Pour en avoir eu une en début d’année, je suis rassuré par cette douleur qui s’apparente plus à une courbature, mais cette nouvelle gène n’est pas pour me rassurer…encore une !

Peu après, traversée de route et nous pénétrons dans la fraicheur d’un bois. La température commence à monter, et les gouttes de sueurs à se faire plus nombreuses !

En sortie de bois, nouvelle traversée de route. Mes parents sont là pour m’encourager, nous devons être à 2km du second ravitaillement, nous progressons…ouf ! J’en profite pour leur envoyer quelques consignes…changement de la ceinture porte bidon contre camel bag au prochain ravitaillement et eau pure…

De l’autre coté de la route, piste. J’ai des remontées gastriques, et évite des vomissements in extremis. Patrick me demande aimablement si tout va bien…je lui réponds que j’ai quelques soucis de digestion…aie…un problème qui ne m’arrange pas forcément ! Je bois malgré tout régulièrement et patiente en espérant que le mal passe.

Ca y est, nous rentrons dans le village d’Ambleteuse. Rue principale, nous remontons sur la gauche jusqu’à la salle où est installé le ravitaillement du 39ème kilomètre. Je détache ma ceinture, la jette par terre et récupère le camel que ma mère me tend. Celui-ci sur les épaules, je prends une banane que j’avale aussitôt et entre dans la salle. Je prends sur la table un verre de coca et enchaine sur un verre d’eau…c’est de l’eau pétillante…

Marie, présente ici, me demande si je souhaite quelque chose…mais tout est ok pour moi.

Je repars vers la sortie, mais à peine celle là passée, mes remontées gastriques se manifestent à nouveau. Cette fois, je ne retiens rien et je vomis trois fois de suite. Ma mère juste à coté va peut être s’inquiéter !

Tant pis. Moi, je sais que malgré le fait que je n’ai maintenant plus rien dans le ventre, au moins, je n’aurais plus cette gène ! Je traverse la route en direction de la plage…et vomis une dernière fois ! Patrick est parti devant.

Sur la plage, il s’avère avoir une cinquantaine de mètre d’avance et semble m’attendre. Il court dans les cailloux, je décide de descendre un peu plus bas sur le sable dure, là où je ne serais pas gêné par les appuis.

Nous nous retrouvons à nouveau ensemble, il me demande des nouvelles… « Maintenant, ça va mieux, je viens de vomir ! »

Je rebois pour me réhydrater après cette perte de liquide importante.

Un peu plus loin, nous retrouvons le remblai d’un hameau en bord de plage, et enchainons pour quelques hectomètres de piste cyclable. Philippe et Charles sont là en VTT, tout près de chez eux, et ne manquent pas de m’encourager. Nous relançons avec Patrick.

En bas, nous arrivons au pied de l’entrée d’un fort « Vauban » pour la traversée d’un ruisseau. Pour nous, la marée est basse, nous traversons facilement avec de l’eau aux genoux. De l’autre coté, nous repartons pour 1,5km de plage. Toujours à la recherche de sable dur, nous progressons à bonne allure.

Au bout de cette dernière plage, des bénévoles nous indiquent la trace à prendre…tout droit dans la dune. Une bonne dune de sable mou que nous avons le bonheur d’escalader par un petit chemin. Marche forcée. Vue imprenable sur la plage. Rassuré : l’écart avec nos poursuivants, s’il n’a pas grandi depuis la dernière fois, reste confortable.

En haut, Yves Marie nous mitraille. Il a le temps, la vue est superbe, mais l’allure n’est pas exceptionnelle ! Nous y arrivons à bout de souffle !

Enfin, nous pouvons trottiner sur les crêtes de dunes, retrouver des chemins de sable mou, et enfin arriver à un parking, le tout sans aucune erreur de balisage.

Les jambes sont de plus en plus douloureuses, le genou me lance, mais le reste se comporte plutôt pas trop mal !

De l’autre coté du parking, nous traversons la route pour retrouver un chemin de sable canalisé par des lisses en bois, le chemin est tout tracé.

Malgré les difficultés pour progresser, nous maintenons une allure tranquille mais respectable. Je n’ai plus la force de prendre de relais, c’est donc Patrick qui s’y colle, et je me contente de lâcher de temps en temps quelques encouragements pour qu’il se sente moins seul !

Enfin, le bout de cette galère arrive, nous arrivons à une passerelle puis à un pont qui nous permet de ressortir de la zone de dune et de revenir au village précédent d’Ambleteuse. Mon hôte est là pour m’encourager. De l’autre coté du pont, c’est Franck Mantel qui m’encourage. Je suis surpris de le voir arrêté là, alors que c’est sa course, qu’il est chez lui, mais il ne manque pas de m’encourager ! « C’est maintenant que ça se joue ! Il reste 12 km ! » L’encouragement est sympa, mais j’espère que mes jambes l’entendront !

Je relance comme je peux derrière Patrick. Il profite de la petite portion bitumée en remontant dans le village pour accélérer l’allure. Je ne peux suivre, mes jambes sont trop douloureuses, je vis un calvaire !

Un peu plus loin, alors que Patrick a déjà une vingtaine de seconde d’avance, mes parents sont là pour m’encourager. Je ne leur fais aucun signe, ils connaissent de toute façon mon état après ma prestation digestive du dernier ravitaillement, mais je m’accroche comme un beau diable à cette troisième place.

J’arrive sur une piste, et persévère à trottiner le mieux possible malgré la forte envie de stopper et de marcher un peu. NON. Il faut aller au bout quoi qu’il en coute.

Je sais que je suis maintenant parti pour une montée de 6 bons kilomètres. C’est une montée régulière, sans grande difficulté si ce n’est sa longueur. Je sais qu’il me faut être régulier, pas de folies, penser à autre chose tant qu’à faire pour ne pas penser à la douleur, qu’elle vienne de mes ischios tout durs ou de mon genou récalcitrant. Et je sais pertinemment qu’avec le manque de « carburant » ingéré pendant l’épreuve, il va me falloir surpasser certaines faiblesses pour aller au bout. Je m’accroche. Au loin, je vois Patrick s’éloigner…mais je le vois toujours, ce qui me rassure car derrière, je ne vois personne !

C’est long et monotone, je ne vois pas la fin de cette colline qui s’éternise. A un moment, des spectateurs devant dans un virage. En m’approchant, j’ai la surprise d’y voir mes parents. Un petit réconfort, je m’accroche encore, attendant impatiemment la fin de cette côte. Le virage à gauche passé, le chemin continue de monter. Je suis grandement tenté pour marcher un peu, mais mes parents sont derrières et continuent à m’encourager, je résiste encore une fois à la tentation.

Je n’ai plus rien dans le ventre, je m’applique à boire régulièrement, le solide ne voulant pas rentrer. Maintenant, la lutte est entièrement contre moi-même et c’est une course psychologique.

Enfin, des bénévoles en jaune au bout du chemin, ils sont à une traversée de route. Je saute intérieurement de joie…je suis en haut de la difficulté ! Maintenant, il ne reste « plus que » 5km !

Et heureusement, ce sont 8km de descente qui s’annoncent si je me rappelle bien le profil du parcours…je traverse la route et allonge la foulée.

Au loin, je vois des coureurs, ce sont ceux du 39km. Nous devons rejoindre ce parcours et terminer avec eux. J’y vois, comme lors du Marathon des Burons, un double avantage. Celui de ne plus être seul et d’avoir un peu de compagnie pour courir, même si l’allure n’est pas la même, ça fait toujours du bien ! Et dans un deuxième temps l’avantage d’être plus discret pour mes poursuivants et donc de ne pas servir de point de repère ! L’inconvénient, c’est que je ne vois donc pas mes adversaires qui me précèdent que sont Patrick et Thierry, même si je ne suis pas convaincu de pouvoir voir Thierry vu l’avance qu’il doit avoir !

J’effectue la jonction avec l’autre parcours dans la descente, me retourne…personne en vue là-haut…c’est plutôt bon signe ! C’est maintenant un étroit sentier avec une grosse ornière que je suis, tout en essayant de slalomer entre les autres coureurs. Pas simple !

Pour me sortir de mes douleurs, je me force à prendre ce slalom en jeu et à m’en « amuser » ! Ca marche un peu et me permet de parcourir encore quelques hectomètres !

Virage à droite, nous prenons une petite portion de route qui descend sèchement. Je poursuis mon slalom en trombe en recroquevillant mes orteils meurtris. Aie…un ongle en moins !

La descente avalée en serrant les dents, je me retrouve au pied d’un mur. Je n’ai pas cru voir Patrick devant dans la descente, il doit avoir une confortable avance. Mon seul but est donc de tout donner pour conserver cette troisième place, déjà synonyme d’une remontée au classement du Championnat de France intéressante.

La montée est sèche. Beaucoup de coureurs y marchent. Je me force à toujours courir…ou plutôt lever les genoux pour sautiller ! Je ne regarde plus le haut de la côte, juste mes pieds en évitant les autres coureurs devenus marcheurs pour l’occasion.

Surtout ne pas marcher.

En haut, mes parents sont encore là, un grand coup de fouet. Ils m'annoncent que j'ai bien meilleure allure que Patrick, qui je pense a eu jusqu'à 1'30 d'avance voir 2’00…il m’annonce que je n’ai « que la côte de retard »…moi qui ai l’impression d’avoir mis tellement de temps pour la monter…Dès le haut, virage à droite, la route redevient plate, puis en légère descente, je relance aussitôt. Quelques mètres plus loin, alors que j’entends encore mon père et ma mère crier derrière, je tourne à droite sur un petit chemin en essayant de maintenir l’allure. Je donne tout, il ne reste plus que 4 gros kilomètres…si peu pour une troisième place !

Le chemin redescend. J’allonge comme je peux. Les douleurs semblent s’estomper à l’approche de l’arriver. Me voilà remotivé par la proximité de celle-ci. En bas de cette dernière descente, une traversée de ruisseau, je m’y lance sans réfléchir. J’ai chaud, j’ai soif, je suis cassé, je m’y plonge ! J’ai de l’eau à mi-cuisse. Malgré la couleur bien marron avec les nombreux passages de coureur devant, j’y plonge la tête et la casquette, et bois deux belles lampées…drôle de goût, mais un bonheur immense de pouvoir boire quelque chose de frais !

Après ce rafraichissement bénéfique vu la chaleur de cette journée nordiste, je relance à travers le champ. L’arrivée est annoncée à 2km… Après le champ, un faux plat. J’entre enfin dans Marquise, passant du champ à une rue en faux plat. Les premières maisons, le clocher de l’église est en vue. Passage au dessus de la quatre voies.

La rue descend maintenant. Au bout de la rue, mon père m’encourage…plus que 500m !

Je passe devant lui « Patrick est juste devant ! »…je continue mon sprint, maintenant une habitude sur mes fins de parcours trails !

Virage à droite. C’est ma mère qui m’encourage. Ca y est, la ligne est là !

Je la franchis, c’est fait, je suis 3ème !

Patrick est arrivé depuis 40’’ ! 4h18’ de course, me voilà épuisé. Patrick est interviewé sur la ligne, puis vient mon tour, je ne peux m’empêcher de glisser un petit mot sur la domination de Thierry, qui est arrivé en 4h05’.

Nous nous retrouvons, avec Patrick, pour échanger, puis avec Thierry. Je me ravitaille pour refaire un peu le plein d’énergie…dur !

 

En attendant le podium, une petite bière au troquet du coin fait le plus grand bien, en compagnie de mes deux compagnons de course.

 

Pour le bilan, cette 3ème place me fait un grand bien pour le TTN, et à recalculer à tête reposée, une 9ème place aux Templiers m'assurerait une 3ème place sur le TTN, mon rival le plus direct pour le podium des France étant Damien Vierdet.

Se sera donc pour moi, les Templiers, une course contre moi-même. Mon seul adversaire sera moi, et il me faudra rentrer impérativement dans les 9 premiers.

Et pour mettre tous les atouts de mon coté, je pars dès aujourd’hui pour une semaine sur site en reconnaissance de parcours.

 

 

Le récupération du guerrier :



25/09/2010
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