/// Erik ... à suivre ... \\\

/// Erik ... à suivre ... \\\\\\

Merrell Sky Race - Championnat du Monde de Trail

Ce weekend, c'était le championnat du Monde de Trail à Serre Chevalier, la Merrell Sky Race. J'ai essayé pour cette épreuve une nouvelle méthode d'entrainement, une nouvelle approche, plus près de la course à pied, plus loin des entrainements triathlons…et je me suis planté. Bien sure, après la course de Guerlédan décevante, le moral et la motivation n'y étaient pas, n'y étaient plus.

Et puis Céline m'a réconforté, et puis Quasy m'a remotivé, à l'aide de vidéo tel que « What it takes », sur l'entrainement des Ironman pro. Et puis Niko qui me demande mon compte rendu de Serre Chevalier…c'est ce qu'il me manquait pour me remettre dedans. Analyse à chaud de cette nouvelle déception pour rebondir. Et puis, ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort…je suis encore là…

Bref, après plusieurs mois d'absences, plusieurs mois à tester mes entrainements pour cette nouvelle discipline qu'est le trail, me voilà à nouveau reparti pour de nouvelles aventures, plus motivé que jamais. Et là prochaine aventure qui s'offre à moi, c'est le Grand Raid, la « Diagonale des Fous ».

Dorénavant, c'est reprise de l'entrainement Ironman, un peu adapté bien sure pour un effort de 24h, et ce jusqu'au 23 octobre !

 

Mais maintenant, comment c'est passé cette expérience alpine…

C'était une belle expérience, un beau weekend.

Je prends la route dès le jeudi soir via Poitiers, puis Guéret, où je m'arrête pour dormir dans mon Scudo****. Le lendemain, réveil matinal au ronronnement des camions garés à mes cotés direction Briançon via Aubusson, Clermont Ferrand, Saint Etienne, Lyon, Grenoble, Col du Pourtalet. Arrivée sur place à 15h.

Je prends possession de ma chambre et me repose en regardant les deux dernières heures de l'étape Barcelone/Andorre du Tour de France. Laurent et Kathy arrivent pour le final !

Je me repose, récupère mon VTT du Nivolet-Revard, puis file manger rapidement. Pas le temps de prendre de dessert. Une séance photo est prévue pour le soir pour la promotion d'Asics, il faut y aller avant le coucher du soleil. Manu est dans les embouteillages, je suis donc seul pour cette séance au couchant. C'est Philippe, photographe professionnel, qui a pris les plus grandes stars sportives de la planète, sur les plus grandes épreuves mondiales, qui me prend, moi, en photo ! Laurent, Kathy, Olivier et son amie nous accompagnent.


La séance terminée, 1heure après avoir débutée, nous retournons à l'hôtel. Manu est arrivé. Nous mangeons tous, eux leur repas, moi mon dessert !

On se couche à 23 heures, demain, réveil tôt pour une nouvelle séance photo.

Samedi matin, réveil 7h30, à 8h30, nous avons mangé et sommes sur le terrain pour une nouvelle séance photo. Elle dure 3 heures. Cathy nous y rejoint en cours de route.


A midi, déjeuné. Nous filons récupérer nos dossards puis s'ensuit une « petite » sieste d'une heure…le sommeil me manque, je tombe comme une souche.

A 5h, Manu me réveille, c'est le défilé des nations, nous allons voir Cathy défiler avec le Team France puisqu'elle a obtenu sa sélection étant seconde du Championnat de France 2008.

Pas mal de pays sont représentés, même si la discipline est nouvelle  et que le niveau général reste encore bien perfectible.

Bref, la cérémonie finie, nous filons diner pour boucler nos sacs et porte-bidon pour la course du lendemain…et nous coucher le plus tôt possible, car demain, départ 5h…réveil 3h !

Dodo à 22h…

 

Dimanche matin, 3h00, le réveil sonne. La nuit a été agitée, le sommeil léger, et mon camarade de chambrée énervé…faut dire qu'à parler toute la nuit dans son sommeil…ca perturbe ! Promis Manu, la prochaine fois, je note ce que tu dis !

 

Petit déj' copieux qui a des difficultés à passer, le stress est bien présent. Derniers préparatifs, mise en sac du matériel obligatoire, 75cl d'eau en réserve, un sifflet, un coupe-vent…et les ravitaillements.

Puis, c'est la direction du départ, il fait encore bien nuit, 4h du matin juste passé.

Sur place, Manu et moi retrouvons les coureurs du jour, nous voilà bientôt prêt, Olivier s'est levé aux aurores pour nous, geste bien sympa, Kathy, Laurent et Pascal sont là aussi, nous nous infiltrons dans la masse de coureurs en prenant garde à ne pas se prendre un bâton de ski dans les yeux. Ludovic Pommeret salue en moi le chevalier des Templiers que j'ai été, moi qui ne l'avais pas reconnu dans son K-Way Quechua.

Les équipes nationales sont appelées sur la ligne, puis c'est à notre tour, on se masse derrière eux. Je suis bien placé, en deuxième ligne, à coté de Manu.


Le départ est donné. Les 10 premiers kilomètres sont roulant, aucune difficulté si ce n'est l'obscurité. J'ai ma petite frontale Petzl E-Lite vissée sur la casquette, elle est bien suffisante pour m'éviter les quelques trous et roches présents.

Ces premiers kilomètres se font à allure raisonnable. Malgré tout, je sens mais jambes lourdes…la course risque d'être longue…

A mes cotés, en alternance selon qu'il y ait quelques côtes ou faux plats, je vois Thomas Lorblanchet, Gilles Guichard, Thierry Breuil, nos trois représentants français, mais aussi Dawa Sherpa, le belge Wouter Haemelinck, vainqueur de l'écotrail en 2008, Franco Zanotti représentant l'Italie, bref, plein de maillots nationaux. Après quelques kilomètres, un gars se met à mes cotés, me salue, c'est David Pasquio…content de le retrouver ici ! Manu n'est jamais bien loin, plus souvent devant que derrière moi, mais dans le même groupe.

Devant, Stéphane Bégaud est annoncé avec 1', puis 2' d'avance, l'écart grandi vite…il est parti vite !

Et puis les kilomètres passent, la montée sur le Galibier approche, et un allemand reste devant moi. Un allemand qui à la particularité de se laisser un peu trop aller à mon goût…jusqu'à me dégouter et me donner envie de vomir…une vraie usine à gaz ! Du coup, j'accélère pour lui passer devant !

Et puis le 11ème kilomètre. Jusqu'ici une partie de plaisir, maintenant, ce sont des lacés qui apparaissent, et avec eux une pente plus méchante.

Je m'aperçois bien vite que je ne suis pas dans le rythme. Un groupe d'une dizaine ce détache, emmené par Thomas. Je m'étonne de ne pas voir Manu dans les parages, rapidement, je m'en inquiète…aurait il eu un problème ?

C'est l'Aurore, la clarté me permet de voir les autres athlètes. A la faveur du premier lacet, je me retourne…pas de Manu dans les 100m qui me suivent…je regarde devant, 50m devant…et enfin je le vois. Il est bien là, présent dans le groupe de tête…ouf !

Après 400m, David et Christophe Malarde me passent ensemble…je m'accroche. Un petit bonjour de Chris., je lui retourne, et je me mets dans leurs foulées. J'arrive à les tenir jusqu'à l'arrivée au Pont au 12,8km.

A ce niveau, quelques visages connus, avec ceux de Guillaume Fassora, alias Baluzo, Laurent et Kathy ainsi que Pascal. Olivier arrive en trotting pour m'encourager. Je poursuis mon ascension qui débute juste…ca va être très long !

Chris et David me sèment, les premiers sont déjà loin, Manu est avec eux…super !

Quelques mètres plus loin, je reprends Chris…en train de refaire son lacet ! 30'' plus tard, il me redouble facile…je suis à la dérive, et seulement au 14ème kilomètre !

Dans l'ascension, quelques coureurs me reprennent, me doublent et me laissent seul. Ludovic est l'un de ceux-ci, un anglais…un allemand, un américain…bref, un défilé de maillots nationaux.

Je fais ma montée à mon rythme, tout en buvant régulièrement.

Après 1h46', j'arrive à la stèle H. Desgrange. Le premier ravitaillement. Kilomètre 18,5.

Ils sont encore tous là. Je pointe à la 30ème place. Kathy m'encourage, puis Olivier, je leur dis que la route est longue, normalement, je devrais revenir en forme et reprendre des coureurs…je suis ambitieux ! Un gros encouragement de Baluzo…un bien fou !

Après la stèle, alors que nous sommes arrivés au col du Galibier…ce n'est pas terminé, il reste 120 mètres de montée, de la montée sévère. Au ravitaillement, Laurent m'encourage, me ravitaille, me relance fort…mais je manque de vomir !

Puis je reprends ma petite foulée. J'arrive au pied du mur. C'est au pied du mur qu'on voit le mieux le mur…ben je n'ai plus qu'à l'escalader ! Parce que c'est réellement de l'escalade ! Après quelques minutes de marche active, alors que je réussis à doubler deux gars, je me hisse sur le sommet, semé de cratères, c'est du gruyère !

Quelques mètres sur la crête, et c'est la redescente, brutale, sèche, sur chemin gravilloneux, les chaussures glissent, les pieds butent sur le fond des chaussures, et les orteils trinquent.

Quelques lacets et je retrouve la route du col avec quelques spectateurs qui ne manquent pas de m'encourager…merci !

Et je continue ma descente…descente aux enfers …les pieds deviennent vite douloureux. Heureusement, nous arrivons sur l'alpage, de l'herbe…je suis suivi de près, mais je cours. Nous perdons quelques mètres de dénivelé au fil des mètres, par à coup. Et puis, après une rapide pause route, nous récupérons un chemin traversé d'ornières qui descend en pente raide vers le fond de la vallée.

Je ne suis pas bon descendeur, mais malgré tout, je double encore quelques athlètes, sème ceux qui me talonnaient. Le large chemin pour 4x4 costaud devient un sentier bien agréable parsemé de rochers. Mes jambes ne se mettent toujours pas en marche, mais le paysage est magnifique et je cours comme je peux.

Derrière, toujours personne, devant, un groupe de 4 comptant notamment de membres de l'équipe de Suisse avec Christophe Jacquerod et Daniel Bolt. Ils s'éloignent progressivement sans que je n'arrive à m'accrocher…désespérant.

26ème kilomètre…refuge de la Charmette, le bas de la descente, avant de remonter sur la deuxième et troisième difficulté de la journée, le col des Rochilles puis le Col des Béraudes, le point culminant de la journée, à 2895m. Sur l'autre rive de la rivière, là où nous repassons au retour, je vois l'équipe Suisse passer. Ils ont fait l'écart.

Je passe sur le pont et remonte la rivière. Je jette un œil de là où je viens, mes poursuivants sont une bonne minute dernière. Le chemin s'élève à nouveau en douceur, nous retraversons le torrent sur une petite passerelle pour se retrouver sur un petit single de montagne mi cailloux mi herbes hautes.

Trois kilomètres de se tracé, alors que derrière moi, deux coureurs se rapprochent tout en discutant…je peine vraiment beaucoup ! Après un virage, j'ai en point de mire un groupe de spectateur, perché sur une route. Je me motive, et me rapproche rapidement. J'ai la surprise de voir au milieu de nulle part, sur cette route, avec les bénévoles, Kathy, Olivier et Laurent qui m'encourage. Un grand réconfort pour moi et mes jambes loin d'être au top de leurs formes.

Laurent m'accompagne sur quelques mètres, tout en me disant d'y aller, de prendre des risques, de tout donner…je fais mon possible…promis…

Je me hisse sur un talus pour rejoindre un chemin et continuer sur celui-ci qui est en faux plat montant.

Juste après, Philippe me mitraille, je ne dois pas avoir fière allure, mais le paysage est tellement beau…

Finalement, la photo sera magnifique...


Je poursuis ma montée jusqu'au Refuge des Mottets, 1 kilomètre plus loin. J'y arrive, juste quelques contrôleurs, je traverse…pas de point d'eau…j'aurais pourtant bien bu un peu d'eau pure ! Tant pis, je poursuis sur le large chemin blanc qui commence l'ascension. Une ascension douce dans un premier temps, derrière, personne à moins de 150m ! Après un virage, je me retourne, je vois les deux concurrents qui avançaient derrière moi prendre un sentier sur la gauche…pas de balisage, et à mon niveau, une rubalise qui me soulage…je suis sur le bon chemin…alors c'est qu'ils se trompent. Ils sont trop loin pur que je les prévienne…tant pis pour eux, c'est pourtant bien indiqué, et le briefing avant été clair, il faut suivre ce chemin jusqu'au col, sauf lors de balisage orange par l'organisation pour les « coupes » autorisées.

Bref, effectivement, dans un virage, une petite sente coupe le long lacet. Je m'y engage. Elle est courte, mais raide bien sure. Je gagne cependant pas mal de temps.

Je retrouve ensuite le chemin. Après quelques mètres, alors que Wouter le belge reprend la coupe sur la droite par le single qui coupe tous les virages, je le suis sans me poser de question, bien sure, la progression ce fait en marchant, la pente est beaucoup trop sévère pour me permettre de courir. Je commence à regretter de ne pas avoir suivi le chemin, avec un pourcentage de 10% qui permettrait de maintenir une petite foulée régulière. Tant pis pour moi, je suis contraint de marcher, et je ne suis pas entrainer à ce genre d'exercice, la marche rapide en montagne nécessite une habitude que je n'ai pas.

Le soleil rase la crête des montagnes, juste en face de moi. Lorsque la silhouette de Wouter ne se dessine pas sur le ciel juste devant moi, c'est le soleil que je me prends dans les yeux. Eblouis, je me contente donc de regarder quelques mètres devant moi…tant mieux, je ne vois pas le mur qu'il me reste à escalader ! Je me retourne, toujours personne derrière moi…c'est que je ne dois pas être trop mauvais…je reviens même un peu sur Wouter !

Et puis à force de persévérance, après avoir croisé encore 2/3 fois le chemin, j'arrive au sommet…juste après celui-ci, je retombe sur le chemin, et devant, juste après le col des Rochilles, une vue magnifique sur un lac.

Un peu plus loin, à 100 mètres à peine, un groupe de signaleur m'indique la direction à suivre. Je me retourne par réflexe…et j'ai la surprise de voir un groupe de quatre 100 mètres derrière !

Ils ont forcément pris le chemin et non le sentier…je commence à avoir de gros regret quant à mon choix d'avoir suivi Wouter…mais c'est trop tard pour avoir des regrets.

Je descends en direction du prochain ravitaillement, enfin…dans 5 kilomètres.

Mes pieds commence à être meurtris, mes ongles de gros orteils en ont marre de butter sur le fond des chaussures, et des ampoules ont l'air de pousser…j'essaye d'avancer le plus vite possible.

Malgré mes efforts, au bout d'un gros kilomètres, alors que je désescalade un rocher, une anglaise fond sur moi. Juste après l'obstacle, elle me reprend…mon objectif à présent…la suivre !

Derrière, une autre anglaise, aux cheveux blancs, elle n'a pas l'air bien, mais elle est 10 mètres derrière…mince alors !

Le chemin est beaucoup plus roulant, je peux donc suivre sans aucun problème. Je ne suis pas au top, je ne prends pas de risque à vouloir repartir seul devant.

Les kilomètres sont vite avalés. Je file. Et puis enfin, en bas, je le vois, un attroupement de personne, c'est le ravitaillement du 39ème km. Il ne restera « plus que » 29km ! Mais voilà, je suis déjà complètement cuit, mes jambes sont molles depuis le départ, je dois être autour de la 26ème place, mes pieds sont en bouillies…est ce que ca vaut la peine ? Je ne réfléchi pas trop, je me contente de penser à Pascal qui m'attend en bas.

Au ravitaillement, j'y arrive avec Elizabeth, pascal et juste avant le poste. Je dégrafe mon sac, je suis vidé ! Wouter est quelque mètre devant, aux tables, il est prêt à repartir. Quant à moi, je ne sais pas que faire. Pascal voit bien que je ne suis pas en grande forme, il me conseil d'arrêter si je ne le sens pas, que ca ne sert à rien si je suis trop crever…pas la peine de mettre 3 mois à récupérer de la course si c'est pour faire si loin de l'objectif fixé.

Il a posé le sac que je devais prendre en échange du miens…je m'assieds sur le rocher qui est à nos pieds. Wouter, Elizabeth, la seconde femme sont repartis. Je reste seul. La troisième femme ne tarde pas à passer en trombe, c'est une petite italienne qui a de l'énergie à revendre…je veux bien qu'elle m'en donne.

Nous sommes au 39ème km…j'ai traversé la France pour cette course…c'est dommage de plier bagage maintenant. Je me suis pourtant investi pour cette épreuve…qu'est ce qui n'est pas allé dans la préparation ?

Tout en méditant, après deux bonnes minutes, j'ai l'impression d'aller pourtant bien !

Je me décide. Arrêter ou repartir, il faut choisir, mais je ne vais pas rester planter là toute la journée…je me relève.

Un pointeur était venu nous demander si j'abandonner…on lui avait répondu…je ne sais pas encore !

Le prochain ravitaillement est dans 13km…aller…je reprends le second sac Ultimate rempli de mes ravitaillements…et je dis à Pascal… « Je repars, je verrais au prochain ravitaillement comment je suis. » Je prends un bidon Maxim rempli d'eau, il me permettra de mixer avec la boisson énergétique de mon camel.

Je passe par la table, bois deux verres de coca, un verre d'eau, et c'est reparti !

Départ en descente dans un pré, cool ! Puis 300 mètres de plat…ca va bien, les jambes sont là, pas la grande forme, mais elles sont là !

E problème, c'est qu'après 300m, le sentier s'élève d'un coup, traversant un bois, je trottine sur les 20 premiers mètres, puis c'est option marche…pour 3 km de montée et plus de 800 mètres de dénivelé ! Aie !

J'essaye de prendre un bon rythme sans conviction, je sors du bois. A un détour de chemin, mon regard se pose sur le ravitaillement, déjà bien bas…je regrette déjà de ne pas avoir arrêté là…d'autant plus que je ne suis pas bien efficace !

Devant, je revois Wouter. Je prends un temps de passage, il a 2' d'avance, et n'est pas beaucoup plus frais que moi !

Je double quelques randonneurs sur cette montée. L'un d'eux reste accroché à moi pendant au moins deux minutes…je suis à fond avec mon sac Ultimate, lui marche avec un gros sac de rando et des chaussures montantes…désespérant !

Je me force donc à marcher sans pause, au fil des mètres, l'écart descend avec Wouter à 1'30'', puis à 45'', puis au profit d'une bonne coupe de ma part et d'une mauvaise option de la sienne, je reviens juste derrière lui. Je prends son pas une dizaine de mètres derrière et essaye de suivre. Un anglais nous rattrape. Il me double et s'intercale. Le vent commence à souffler au fil de l'altitude. Le cœur bat tout le temps autant la chamade !

Nous passons quelques névés. La vue s'élargie sur des lacs en contrebas. Maintenant, le chemin sillonne en devers sur le pan de la montagne tapissé de caillou, de l'éboulis partout. En bas, la descente est directe sur des lacs d'un bleu turquoise magnifique, je commence à ne pas regretter d'avoir poursuivi sur cette portion, pour moi la plus belle jusqu'à présent.

Bien que belle, elle n'en est pas moins difficile, et je souffre réellement. Quelques passages de névés agrémentent notre progression. Lors de l'un d'entre eux, le passage d'une cinquantaine de mètres est en devers et en pente direct sur le lac. Wouter en est sorti, une cinquantaine de mètres devant, et l'anglais est encore dessus, en petites foulées, une dizaine de mètres devant moi. D'un coup, il glisse et se retrouve sur le flanc, à califourchon sur le passage, à plat ventre dans la neige ! J'ai peur qu'il ne glisse jusqu'en bas, mais il se remet debout aussi sec et repars. Je traverse sans encombre, en prenant toute les précautions, une main sur la neige en sécurité !

Wouter et l'anglais s'en vont, je ne peux plus les suivre, suite au névé, ils ont fait l'écart et je n'arrive à revenir sur eux…je marche.

Je commence à avoir mal aux reins, mal aux lombaires…les douleurs s'accumulent, et la concentration s'enfuit.

Derrière, des groupes reviennent sur moi, je les laisse passer. Un américain, puis un groupe avec Marco Olmo…il marche, main derrière le dos, et avance…il a 63 ans !

Je continue ma marche, m'écartant à chaque nouveau concurrent qui arrive derrière moi, le sommet parait à porté de main, je vois Wouter qui escalade le dernier mur pour le franchir, je m'accroche, souhaitant que mon chemin de croix s'achève. Là haut, c'est descente jusqu'au ravitaillement numéro 3…

Ca y est, je suis au pied du sommet, il reste un rocher à escalader. 3 mètres d'ascension, les bénévoles m'encourage…dernier effort, je prends ma casquette à la main tellement le vent est fort. Ca y est, j'y suis, Col des Beraudes, 2895m, je n'ai plus qu'à basculer…la vue est splendide, j'en oubli de me retourner pour voir le chemin effectué…devant, le chemin n'est pas visible, il s'en va sur la gauche…et disparait !

Je repars, pas pour longtemps car je suis rapidement stoppé, le chemin devient de la désescalade entre 2 imposants rochers. Une main courante à été installé, ou du moins une corde d'escalade. Les jambes dans un sale état, je m'y accroche et descente les 20 mètres en rappel, en sautillant, jusqu'à retrouver en contre bas le chemin…les mains ont chauffées, mais tout va bien, je peux repartir !

Je repars en trottinant, je sens une douleur apparaitre à l'adducteur gauche…pas on signe…je poursuis dans les champs de cailloux à flanc de montagne dans ce faux plat descendant.

Sur la droite, la vallée, je vois des chemins y descendre à flanc d'alpage…je me prends à rêver de couper par là pour rejoindre directement l'arrivée…mais non, ce n'est pas possible, je suis attendu au prochain ravitaillement !

Je vois le chemin à flanc de montagne…puis je le vois remonter…mauvaise idée !

J'arrive en bas, je laisse encore passer deux coureurs, ca remonte…un secouriste est là, je lui demande combien il reste avant le col du Chardonnet, il m'annonce le col à 8 minutes environs…je marche. Je me sais attendu au ravitaillement. Malgré la douleur, je persévère, même si je sais que mon calvaire s'arrêtera là bas. Je me trouve maintenant au lieu dit l'ancienne mine. Toujours un chemin tracé au milieu de pierrier.

Au détour d'un gros rocher, je vois enfin cet avant dernier col de la course…les jambes n'étaient déjà pas beaucoup présentent, elles cèdent complètement. Les douleurs aux jambes se multiplient. Je prends un gel que je dégoupille. J'en avale la moitié, il a du mal à passer…il fait chaud, c'est trop sucré…et je ne suis pas bien !

Je marche de mon mieux, avec toujours en tête l'idée qu'on s'impatiente au prochain ravitaillement en m'attendant. Et puis ça m'embêterait qu'Olivier, Laurent, Kathy et Pascal manquent l'arrivée de Manu par ma faute !

Le col approche, le vent devient à nouveau de plus en plus fort, lui qui s'était calmé du fait que j'étais moins soumis au « grand frais » de l'altitude.

Je visse ma casquette à fond avant le passage du Col du Chardonnet, 2638m d'altitude, 45ème kilomètre de la course…plus que 7km de descente !

Le gel que j'ai toujours en main pour ne pas le jeté me dégouline dessus…ma main est toute collante !

Je me retrouve dans un décore totalement différent, plus proche des paysages pyrénéens que je connais mieux pour y avoir fait pas mal de rando étant petit…magnifique !

Des lacs, un chemin roulant (pour quelqu'un qui a tout son potentiel !), tout est réuni pour être au paradis du trailer…sauf que pour moi, la forme est très médiocre.

Les douleurs s'accumule, je m'applique à poser les pied pour limiter la douleur infligé aux orteils, éviter de marcher sur les ampoules, les quadriceps sont anéantis, mes tendons commence à se faire sentir, ce qui m'inquiète, ma douleur à l'adducteur persiste, surtout dans cette descente, mes reins sont très douloureux, les jambes sont impuissantes, et du coup, mon moral a tendance à défaillir. Je suis ruiné…le viking n'est plus, pas de mental de guerrier aujourd'hui, pas de physique de warrior, absent tout simplement.

Je commence sérieusement à me dire que mes entrainements vélo me manque, avec eux, mes lombaires sont plus costauds, mes jambes sont plus solides, et mon endurance et plus renforcée.

Tant pis…la prochaine fois.

A un virage, des bénévoles, je leurs demande s'ils peuvent prendre mon gel un peu encombrant et surtout trop collant.

Je trottine de mon mieux, essayant de conserver une allure raisonnable. Derrière moi, personne en vue…mais peux importe, ma décision est prise.

Passage par le refuge du Chardonnet, les randonneurs que je croise ne manque pas de m'encourager, un bénévole au refuge m'indique le ravitaillement à 3km…ouf, j'y suis presque…la torture va prendre fin !

Au détour d'un chemin, je vois en contre bas des chalets, je m'imagine là le ravitaillement…soulagement de mes douleurs.

Un nouveau randonneur m'indique à 500 mètres la ravitaillement, les 500 mètres sont long…mais j'arrive enfin, Philippe est là juste avant, il me prend en photo, 50m avant les tables.


Laurent s'avance à ma rencontre, je m'arrête, je marche et lui fait signe de croix avec mes bras, je dépose les armes.

Fontcouverte, 53ème kilomètre, 3100m D+. STOP. Je ne serais pas un « Sky Runner ».

 

Je suis déçu, bien sure, triste, certainement, dégouté…y'a pas de doute !

Le staff est là, réconfortant, mais malgré leurs effort, je n'en ai pas besoin, je sais bien que la déception passera, il faut maintenant se reposer, retrouver la forme, retrouver le moral qui m'a permis de faire quelques bons résultats, bref, se remettre dedans.

Laurent m'accompagne au camion Asics, Kathy me prépare un fauteuil, me donne à boire, Olivier et Pascal me réconforte, autant d'attention touchante, peut être pas bien justifié au vu de la contre-performance réalisée…mais très touchante.

 

Après quelques minutes de repos, Cathy déboule dans sa tenue bleu blanc rouge, elle est 5ème au général, derrière la petite italienne, les deux anglaises et une française quelques minutes devant. Je me lève (comme je peux !), et viens l'encourager lorsqu'elle repart du poste de contrôle. Elle est en route vers une très belle performance !


Elle passé, nous montons dans les véhicules pour rejoindre l'arrivée, je monte dans ma Mercédès étincelante de Pascal et nous partons voir arriver Manu et Cathy.

Thomas Lorblanchet l'a remporté avec une belle avance depuis pas mal de temps quand arrive Manu en 21ème position.


Cathy, auteur d'un super final, est venue prendre la 4ème place femme et se retrouve ainsi meilleure française !

La course terminée, nous nous retrouvons tous autour d'une table pour le déjeuner, mis à part Cathy restée avec le Team France, puis c'est pour moi l'heure d'un long retour en direction de Nantes via Royan pour une petite récupe en bord de mer…11 heures de route en plus.

 

Les résutats :

1. Thomas LORBLANCHET           (Team France / Salomon)        6h38'18''

2. Dawa SHERPA                         (Team Népal / Quechua)         6h56'08''

3. Ludovic POMMERET                 (Team Quechua)                      6h56'08''

4. Vincent DELEBARRE                 (Team Quechua)                      7h05'56''

5. Christophe MALARDE              (Team Salomon)                      7h08'17''

6. Julien CHORIER                       (Team Lafuma)                        7h14'46''

7. Matthias DIPPACHER               (Team Allemagne)                   7h16'58''

8. Stéphane BEGAUD                  (Team Merrell)                          7h17'58''

9. Gilles GUICHARD                     (Team France)                         7h19'44''

10. Jérôme CHALLIER                 (Team Lafuma)                         7h20'30''

11. Thierry BREUIL                      (Team France / Adidas)           7h26'28''

19. Cecilia MORA (1ère femme)    (Team Italie)                            7h53'18''

21. Emmanuel GAULT                (Team Asics)                          7h55'30''

24. Christophe JACQUEROD        (Team Suisse)                          8h02'57''

28. Guillaume LE NORMAND         (Team Quechua)                     8h06'17''

33. Angela MUDGE (2ème f.)        (Team Grande Bretagne)        8h12'29''

41. Elizabeth HAWKER (3ème f.)  (Team Grande Bretagne)        8h22'21''

45. Marco OLMO                          (Team Italie)                           8h28'42''

54. Wouter HAEMELINCK             (Team Belgique)                     8h41'18''

55. Catherine DUBOIS (4ème f.)(Team France / Asics)        8h42'30''

 

 

 

Pour ne pas confondre les personnages :

Manu, c'est Manu Gault.

Laurent, Laurent Ardito bien sûre.

Kathy, la femme de Laurent.

Cathy, c'est Cathy Dubois.

Pascal, c'est Pascal Balducci.



22/07/2009
10 Poster un commentaire

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 19 autres membres